Si vous aimez sa peinture alors la lecture est obligatoire ! (pour tout le plaisir que cela procure )
Je m'appelle S.Herbelin, je pratique le dessin, la peinture, à l'eau et à l'huile, le pastel, le monotype et le modelage, mais aucun autre sport. C'est à un policier du commissariat du 14ème arrondissement auprès de que je déposai une plainte pour tentative d'effraction, que je dois mon statutd'artiste. La plume en suspens au dessus de la case « profession » je bégayai que je faisais de la peinture et de la sculpture, « artiste, quoi ! »conclut-il.
C'est à ce titre que Marguerite Szyc m'a demandé de vous infliger une conférence sur le choix de mes matériaux. Elle a écrit à ce propos un texte amical dont je me suis permis d'atténuer l'éloge mais dont je la remercie.
Le sujet était précis, circonscrit donc apparemment simple, cependant je voyais mal comment le traiter en évitant d'évoquer l'élaboration de cette de cette pratique dans le temps. Mes talents d'enfant étaient singulièrement pauvres, que ma mère m'ait opiniâtrement incitée et toujours encouragée à peindre demeure un mystère. Il reste que j'occupai à partir de là les grasses matinées dominicales de mes parents à couvrir des cahiers entiers et nombreux d'histoires sans paroles de princesses en instance de mariage qui m'offraient le sujet des visages dûment endentellés des sus-nommées suivaient peut-être quelques péripéties princières dont je ne garde aucun souvenir tant ma hâte était vive de célébrer la mort du prince. Dessiner le visage endeuillé de l'épouse dans ses voiles noirs relevaient d'un effroi délicieux. Le noir était et demeure ma couleur de prédilection. Je reprenais en boucle l'histoire de cette princesse malheureuse et qui n'était « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », et de son prince dés-apparu, en vérité toujours invisible, irreprésentable. Seulement voilà il y avait un hic, cette princesse, cette figure magique d'une représentation enfin accessible, reconnaissable, devenait passablement ennuyeuse, toujours de profil, tantôt droit, tantôt gauche, blonde ou brune, elle me lassait même si le profil avait été une conquête au regard de la face, triangle adouci des débuts. Je me risquai au trois-quart repéré dans les illustrations de la bibliothèque rouge et or. Ce progrès fit perdurer un temps ce « chant » originel ou ce premier champ de vision. Mes matières de l'époque: le crayon et ceux de couleur. Ma mère se mit à la gouache, je l'imitai, en noir et blanc.
Cependant, tout est dit dans ces obsessionnels et peu talentueux débuts. Il y a un sujet, le vrai sujet, le sujet sous-jacent, sous-gisant : la mort. La catastrophe, l'irruption de la mort dans la vie rayonnante de la princesse. Le noir et le blanc, le contraste par excellence. Le mort, le prince, l'homme absent de mes représentations futures. Je n'ai jamais peint ou sculpté que trois de mes compagnons, l'homme intime en somme, mais comme sous forme de séries, après quoi je n'y revenais plus, comme une façon de les absorber, de les assimiler. Une histoire de mante religieuse en somme. Ou alors et plus tard, animalisés, taureau, coq, oiseaux divers. Une seule fois j'ai modelé la tête de mon père, très ressemblante d'ailleurs, je l'ai juchée des années plus tard sur un corps d'infante espagnole, entre le nain et la petite fille infante de Vélasquez. Je n'ai jamais achevé cette sculpture. L'obsession du visage féminin, celui de ma mère dès le début, si bien que lorsqu'un visage me fuit c'est celui de ma mère qui apparaît ou le mien, l'image que j'en ai. Moments pénibles entre tous. le corps aussi presque toujours revêtu, les corps cachés des femmes sahariennes, une magie de chatoyances éteintes. Les haillons d'argent du dormeur du val, la mort encore, de celles qu'on ne reconnaît pas qu'on confond avec le sommeil. Enfant, j'avais de la peine à accepter qu'il fût mort.
Ainsi, une fois définies les frontières de mon monde, et exprimée par le truchement du dessin une douleur insue, l'inqualifiable, je devins peintre. Je veux dire que je décidai d'apprendre les règles, la grammaire de cette langue, le dessin, la peinture, au lieu de m'arrêter comme il en est pour beaucoup d'enfants, la pauvreté de mes représentations me faisant comprendre que je ne parviendrais à mes fins qu'en perfectionnant et élargissant mes moyens d'expression. Je me mis donc à copier d'après des reproductions de tableaux.
Dans le même temps une autre expérience me fit approcher le matériau. Ma mère avait pour ami un collègue instituteur qui peignait, comme il exécutait beaucoup de copies, elle lui en commanda au moins deux, dont je possède encore, la femme à l'éventail de Picasso de 1905. Un jour que j'allai le visiter en train de réaliser cette copie, je vis qu'il avait suspendu au mur du salon qui lui servait d'atelier une de ses œuvres personnelles. une composition abstraite sur fond rouge. Un grand panneau de percale glacée, autrement nommée chintz, sur lequel il avait tracé à la peinture à l'huile, au moyen d'une large brosse, un méandre simple et compliqué à la fois, qui occupait toute la largeur du tissu.
L'huile auréolait de gras tout le pourtour du dessin. Je me souviens vivement de cette peinture et de ce que je ressentis immédiatement : le peintre avait-il voulu cette trace qui m'évoquait irrésistiblement une tâche ?
Le peintre l'avait-il prévue donc voulue, était-ce un accident ? Ainsi mon interrogation n'était pas esthétique, elle ne portait que sur la facture, départager ce qui était volontaire de ce qui était involontaire. Les matériaux étaient donc dangereux.
Mes matériaux
Au début : Crayon, pastels très secs, fusain, gouache. anche de chien adjonction de fiel de bœuf à la gouache, vernie. Effet de peinture à l'huile, Faux semblant. Comme j'ai éliminé la cire pour le plâtre, ainsi que les patines (faux bronze) le matériau utilisé ne doit pas se donner pour un
a u t r e .
Peinture à l'huile, essence de térébenthine, puis wite spirit. Solvant et liant.
Aquarelle.
J'ai banni l'usage des vernis.
Mes supports :
Papiers, cartons enduits de gesso
Papier d'esquisse pour ce que j'appelle mes aquarelles les portraits.
Puis le pastel : je dois à Degas à travers le livre de Denis Rouart : Degas à la recherche de sa technique mon décisif apprentissage du pastel.
Autres matériaux :
La terre moulée et tirée en plâtre.
Le plâtre modelé ou gravé
Ai préféré l'appellation de plâtres polychromes à celles de plâtres patinés
Os peints: à l'aquarelle ou à la gouache parfois mélangée au fiel de bœuf.
Les mots de STEPHANE